Une loupe posée sur un carnet manuscrit où l'on peut lire les mots « Pourquoi ? » et « Et si… », illustrant la rumination et les pensées répétitives.

Pourquoi écrire sur soi fait si peur (et comment dépasser cette peur)

par Laurence | Juil 24, 2026 | Écrire

 

Le curseur clignote devant cette scène que tu connais par cœur : c'est LA scène, celle qui explique tout, celle sans laquelle ton histoire ressemble à un gâteau sans levure. Tes doigts se posent sur le clavier. Et une image s'invite sans frapper : ta mère, lunettes sur le nez, en train de lire ce passage.

Tu refermes l'ordinateur et tu pars plier du linge.

Bonne nouvelle : écrire sur soi avec cette peur au ventre est possible. Elle s'apprivoise. Et si elle est si forte, c'est souvent parce que ce que tu racontes compte vraiment.

Je te vois venir : tu appelles ça de la délicatesse. Va pour la délicatesse. Une délicatesse qui repousse ton livre depuis des années, quand même. Parce que cette pudeur-là porte un autre nom, moins flatteur : la peur de trahir. Trahir ta famille, ton ex, tes amis, cette version officielle de l'histoire que tout le monde récite au repas de Noël sans jamais l'avoir vérifiée.

Quand la peur met un masque

Cette peur-là avance rarement à visage découvert. Elle préfère les costumes respectables : « ce n'est pas intéressant », « je manque de recul », « je ne veux pas régler mes comptes ». Elle sait même se déguiser en fatigue soudaine, celle qui tombe pile au moment d'écrire la scène importante. Étonnant, non ?

Derrière les masques, une vraie question :

ai-je le droit d'écrire ça ?
Le droit de raconter cette enfance, cette relation, cette scène ?

Les pros, eux, connaissent une version sur mesure de cette peur. Toi qui envisages d'écrire à partir de ton parcours, tu redoutes un autre jury : tes clients, tes confrères, ton ancien patron. Montrer les coulisses, les doutes, les débuts ratés, ce serait écorner la belle image. Les chiffres racontent autre chose : un pro qui devient auteur, c'est 30 % de chiffre d'affaires en plus. Ton vécu, celui-là même que tu caches, c'est précisément ce qui assoit ton expertise — tout le monde a un diplôme, personne d'autre n'a ton histoire.

Pourquoi écrire sur soi ressemble parfois à un procès intérieur

Cette question du droit, une de mes auteures se la pose devant de vrais enjeux : si elle publie son histoire telle quelle, elle risque un procès, avec de vrais avocats. Maître Camille Pipelier, avocate invitée à la RÊVE Academy pour sa masterclass « Les 10 commandements juridiques pour être un auteur serein », le rappelle : dès qu'on écrit sur de vraies personnes, on s'expose. Ça se prépare, ça s'encadre, ça s'apprend.

Toi, pendant ce temps, tu t'offres le même procès gratuitement. Sans avocat, sans convocation, sans plainte déposée. Assise dans ta cuisine, tu as déjà entendu ta sœur se vexer, ta mère pleurer et ton cousin déclarer qu'il « ne comprend pas ». Tu as plaidé coupable et rendu le verdict dans la foulée. Avoue que côté rapidité, la justice peut aller se rhabiller.

Quand le silence devient une règle familiale

Si ton tribunal intérieur condamne aussi vite, c'est qu'il a été formé de longue date. Ses juges, tu les connais par cœur : « tu dramatises », « c'est du passé », « chacun a fait comme il a pu ». Des phrases entendues cent fois, à table, au téléphone, dans les silences qui suivaient tes questions.

Certains sujets, en famille, font le même effet qu'une fourchette qui tombe : deux secondes de silence, et on parle d'autre chose.

Écrire, c'est ramasser la fourchette et dire tout haut : cette scène a existé, et voilà comment je l'ai vécue. Dans certaines familles, ça suffit à passer pour un coup d'État.

Et puis il y a les familles où la fourchette pèse des tonnes. Celles où ce qui se tait a un nom qui glace : un inceste, un viol, des coups. Là, le « tu dramatises » change de nature. Il devient le ciment d'un silence qui arrange tout le monde, sauf toi. La loyauté qu'on te réclame consiste à protéger la tranquillité de ceux qui n'ont pas protégé la tienne.

Alors regarde les deux options en face : écrire, ici, trahit un secret. Te taire, ça te trahit, toi. Entre les deux trahisons, il y en a une que tu subis depuis assez longtemps.

Ta vérité voyage très bien sous un faux nom

Une autre de mes auteures a longtemps hésité entre l'autobiographie et l'autofiction. Des mois à tourner autour de la même question : jusqu'où dire, sous quelle forme, avec quel filet. Ce qu'elle a fini par comprendre vaut de l'or : la vérité d'une histoire tient dans l'émotion qu'elle transmet, et cette émotion voyage très bien sous un prénom d'emprunt.

Tu peux déménager la maison, changer l'époque, le métier, la couleur des volets, et rester d'une fidélité totale à ce que tu as vécu. Un personnage composite peut porter ta peur avec plus de force qu'un portrait exact. Une scène recomposée peut dire ta solitude avec plus de justesse qu'un procès-verbal. Petit bémol de Maître Pipelier au passage : on change les prénoms et les lieux avec méthode, parce qu'une vraie personne peut se reconnaître sous un faux nom. Cette liberté a ses règles, et elles s'apprennent.

Écris d'abord, tu décideras ensuite

Personne ne t'oblige à publier. Écrire sur soi et publier sont deux décisions distinctes, séparées par des mois, parfois des années. Et pendant que tu hésites, la science a pris de l'avance : le psychologue James Pennebaker étudie depuis les années 1980 les effets de l'écriture expressive, précisément sur les vécus les plus lourds, deuils, violences, secrets gardés depuis l'enfance.

Poser ces mots-là sur le papier améliore de façon mesurable la santé de ceux qui s'y livrent et ça marche même quand personne ne lit jamais le texte. Dans ses études, les participants écrivaient pour le tiroir. Le tiroir suffisait.

Alors écris. Toute la vérité, avec les vrais prénoms si ça te chante. Tu décideras plus tard ce qui sort du tiroir, sous quelle forme, avec quels déguisements. La peur de trahir aura son mot à dire à ce moment-là. D'ici là, elle attend dans le couloir.

Écrire ne change pas le passé, mais ça change la suite

Quand on écrit, on révèle, on se relève et on s'élève.

Révéler. Rien que le mot en fait reculer plus d'une. Pourtant, à force de fixer cette peur, tu oublies tout ce qu'écrire sur soi t'offre en échange. Tu révèles des phrases que tu ignorais penser apparaissent sous tes doigts, et tu te découvres en te lisant.

Tu te relèves : mettre des mots sur la douleur, c'est déjà la faire sortir du silence, et chaque page t'en libère un peu plus.

Tu t'élèves : cette scène que tu n'oses pas raconter, surtout celle-là, c'est présicémen celle qui fera dire un jour à une lectrice "alors je ne suis pas la seule". Pour celle qui vit encore ce que tu as traversé, ton livre devient la preuve vivante qu'on s'en relève.

Parce que quelque part, quelqu'un en a besoin.

De mon côté, je n'ai pas encore écrit ma biographie. J'ai préféré le roman initiatique : j'y glisse des outils psy et j'y livre mes émotions, à l'abri de la fiction. C'est ma porte à moi. À la RÊVE Academy, j'aide chacune à trouver la sienne : faire de sa vie un livre qui inspire, de ses épreuves une aide pour les autres, de son parcours une expertise qui s'affirme.

Parce qu'une histoire racontée au bon moment peut changer deux vies : celle qui l'écrit et celle qui la lit. C'est aussi pour cela que je crois profondément que rêver est bien plus qu'un verbe, c'est un mode de vie.

Sources

James W. Pennebaker, travaux sur l'écriture expressive (depuis 1986), notamment Opening Up: The Healing Power of Expressing Emotions (1990) ; Maître Camille Pipelier, masterclass « Les 10 règles juridiques pour développer son activité d'auteur sereinement » (RÊVE Academy).

FAQ : écrire sur soi, tes questions fréquentes :

Peut-on écrire sur sa famille sans la trahir ?

Tu peux raconter ton vécu sans chercher à accuser. Selon ton projet, l'autofiction, les personnages inspirés de plusieurs personnes ou certains changements de contexte permettent aussi de protéger les proches.

Faut-il tout raconter dans une autobiographie ?

Non. Écrire sur soi ne signifie pas tout dévoiler. Tu choisis ce que tu racontes, ce que tu transformes et ce que tu gardes pour toi.

Peut-on publier une histoire vraie sans risque juridique ?

Cela dépend des situations. Lorsqu'une personne est identifiable, certaines précautions sont nécessaires. C'est précisément pour cela qu'un avocat intervient régulièrement dans REVE acedemy.

Signature

Ton livre commence ici

Laurence Flez-Renaudin photo perso

Hello. Je suis Laurence.

J’ai toujours aimé accompagner les personnes autant que raconter des histoires. C’est sans doute pour cela que je n’ai jamais choisi entre la psy et l’auteure.

Tu trouveras ici des réflexions, des déclics et les coulisses de mes livres.

→ Un peu plus sur moi…

La suite c'est toi qui l'écris, juste ici, en quelques mots. Chaque commentaire me touche plus que tu ne l'imagines, je lis et je réponds à chacun.

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