Une loupe posée sur un carnet manuscrit où l'on peut lire les mots « Pourquoi ? » et « Et si… », illustrant la rumination et les pensées répétitives.

Quand l’art nous invite à l’introspection

par Laurence | Nov 5, 2026 | Les coulisses

À Mexico, une visite imprévue m’a entraînée dans dix univers immersifs où photographie, nature et expériences sensorielles t’amènent à explorer tes peurs, tes choix, tes croyances et ton rapport à toi-même.

J'adore les surprises. Enfin, surtout les bonnes !

Je voulais aller voir une expérience immersive intitulée « Rêve », programmée dans un autre lieu. Rien que le nom avait suffi à éveiller ma curiosité.

Sauf qu’avec les célébrations de la fête des Morts, « Rêve » a laissé la place à un spectacle consacré à cette fête. Je me suis donc repliée sur Mystika.

Je ne savais pas exactement ce qui m'attendait, mais entre mon amour de la photographie, ma curiosité pour les expériences artistiques et mon intérêt pour la psychologie humaine, j'avais toutes les raisons de tenter l'aventure.

Et j'ai bien fait !

Ce qui devait être une découverte artistique s'est transformé en une expérience sensorielle et émotionnelle assez étonnante.

Laurence assise devant un tableau de porte ouverte sur la mer, à l'entrée de Mystika à Mexico
Crédit photo : © Laurence Flez-Renaudin

Mystika, l'œuvre d'un homme qui a réinventé sa vie

Derrière Mystika, il y a Pepe Soho, un artiste mexicain décédé en octobre 2025, dont l'histoire mérite qu'on s'y attarde.

Ancien musicien, créateur de mode et entrepreneur, il avait connu plusieurs vies professionnelles avant qu'un grave accident de cheval, survenu en Inde, ne bouleverse son existence.

La photographie a pris une place essentielle dans sa reconstruction. Il s'est alors mis à parcourir le Mexique pour immortaliser ses paysages, ses animaux et ses sites naturels les plus spectaculaires.

Son travail a été récompensé à l'international, notamment avec sa photographie Believe, primée lors de la Coupe du monde de la photographie en 2017.

Believe, photographie de Pepe Soho : une échelle sur un lac devant les Torres del Paine
Believe, œuvre de Pepe Soho, Torres del Paine (Chili), 2015. Photographiée à Mystika par Laurence Flez-Renaudin.

Sur la plaque posée à côté de cette photo, il raconte avoir découvert la photographie à 40 ans, et il écrit :

« Que personne, pas même toi, ne te dise que tu as passé l'âge de découvrir ce que tu aimes ! » (ma traduction)

Ce parcours m'a particulièrement intéressée. À 25 ans, j'ai moi-même vécu une expérience de mort imminente qui a profondément modifié mon rapport à la vie.

Et la phrase écrite à côté de sa photo me parle d'autant plus qu'à 62 ans, je ne suis toujours pas raisonnable !

Pepe Soho a choisi de traduire sa propre transformation à travers les images. Et Mystika en est une expression étonnante.

Tu traverses dix univers où se mêlent photographies monumentales, projections à 360 degrés, jeux de miroirs, musiques et installations interactives.

Il y a une autre particularité : au fil de la visite, tu es invitée à participer, à réfléchir, parfois à écrire. Et c'est ce mélange qui rend l'expérience si singulière.

1. Liberación : la peur, le courage et les chevaux

« Todo empieza soltando. » (Tout commence en lâchant prise.)

Le cheval est omniprésent dans l'univers de Pepe Soho. Difficile de ne pas faire le rapprochement avec l'accident qui a changé sa vie.

Ici, l'animal incarne à la fois la puissance, la liberté et la capacité à continuer d'avancer après une épreuve.

Une citation attribuée à Nelson Mandela accompagne cette réflexion sur le courage : celui-ci ne consiste pas à ne jamais avoir peur, mais à parvenir à agir malgré elle.

Devant l'image imposante de ce cheval noir, je pense à ces projets qui attendent que la peur s'en aille.

Cette peur, je la connais bien. J'ai longtemps été une grande timide, et pourtant, avec les années, j'ai fini par faire de l'audace l'un de mes moteurs.

Ce qui me plaît dans cette première étape, c'est qu'elle aborde le courage sous un angle très humain. La peur est présente, elle fait partie de l'histoire. Ce qui change, c'est la manière dont tu choisis d'y répondre.

Cheval noir et citation sur le courage, salle Liberación de Mystika
Crédit photo : © Laurence Flez-Renaudin

2. Poema : une immersion au cœur de la nature mexicaine

« Déjate abrazar por la belleza. » (Laisse-toi étreindre par la beauté.)

Changement de décor.

Me voilà plongée dans la jungle lacandone, dans le Chiapas, entre les cascades, la végétation luxuriante et les vols impressionnants d'hirondelles.

Les images occupent tout l'espace. La musique accompagne les mouvements de l'eau et des oiseaux. Les paysages semblent presque sortir des murs.

C'est l'un des aspects de Mystika que j'ai beaucoup aimé : cette manière de découvrir des lieux naturels exceptionnels à travers le regard d'un photographe.

Il y a une différence entre regarder une belle photographie et se retrouver littéralement entourée par elle.

Les détails prennent une autre dimension. Je remarque les mouvements, les variations de lumière, les contrastes.

Et puis il y a cette émotion très particulière que provoque parfois la beauté d'un paysage. Celle qui te fait rester quelques secondes de plus devant une image, sans forcément savoir expliquer pourquoi elle te touche.

Laurence dans la jungle lacandone projetée, salle Poema de Mystika
Crédit photo : © Laurence Flez-Renaudin

3. Manifest : derrière chaque porte, une possibilité

« Siente lo que estás creando. » (Ressens ce que tu es en train de créer.)

Celles et ceux qui connaissent ma passion pour les portes vont sourire.

J'en photographie partout où je voyage. Les grandes, les petites, les anciennes, les colorées, celles qui sont entrouvertes et celles dont on aimerait bien découvrir ce qu'elles cachent.

Alors imagine ma réaction en découvrant Manifest !

D'ailleurs, je prépare un article sur les portes.

« Del otro lado de tus miedos se encuentra tu libertad. » (De l'autre côté de tes peurs se trouve ta liberté.)

Dans cet univers, les portes deviennent des passages symboliques vers ce que tu aimerais voir se réaliser. Le visiteur est invité à réfléchir à ses aspirations et à franchir un seuil.

J'ai trouvé cette idée particulièrement intéressante. Derrière une porte, il peut y avoir quelque chose de merveilleux, une déception, une surprise ou simplement une réalité différente de celle que tu imaginais.

C'est exactement ce qui rend certaines décisions si difficiles : elles donnent envie de connaître la suite avant même d'avoir commencé.

Et pourtant, combien de découvertes, de rencontres ou de changements importants seraient restés impossibles si tu avais systématiquement attendu d'être certaine du résultat ?

En photographiant ces portes ouvertes sur des paysages magnifiques, j'ai repensé à toutes celles que j'avais franchies au cours de ma vie.

Laurence franchissant une porte en bois, salle Manifest
Crédit photo : © Laurence Flez-Renaudin

4. Maya : un rendez-vous avec l'immensité

« Escucha el silencio. » (Écoute le silence.)

Sous un dôme, Mystika t'entraîne cette fois dans l'univers maya.

Les ruines de Tulum, les étoiles et les représentations du cosmos composent une expérience visuelle inspirée de la relation que cette civilisation entretenait avec l'astronomie.

Les Mayas observaient les mouvements du Soleil, de la Lune et des planètes avec une précision remarquable. Le ciel faisait partie intégrante de leur compréhension du monde.

Dans cet univers de projections et de musique, les dimensions habituelles semblent disparaître.

Il y a quelque chose d'assez saisissant à contempler l'immensité de l'univers, alors que tes journées sont souvent occupées par des préoccupations qui, sur le moment, te paraissent gigantesques.

La visite offre ici une perspective différente, presque vertigineuse, sur la place de l'être humain.

Laurence levant les yeux sous un ciel étoilé, salle Maya
Crédit photo : © Laurence Flez-Renaudin

5. Santuario : baleines, papillons et lucioles

« Aquí, la naturaleza también te mira. » (Ici, la nature te regarde aussi.)

C'est l'une des grandes richesses naturelles du Mexique que Pepe Soho a voulu célébrer dans cette installation.

Les baleines à bosse, les papillons monarques et les lucioles t'emmènent dans des sanctuaires naturels où se déroulent des phénomènes fascinants.

Les papillons monarques, notamment, accomplissent une migration extraordinaire depuis l'Amérique du Nord jusqu'aux forêts du Mexique. Des millions de petits insectes qui traversent des milliers de kilomètres avant de se rassembler dans les arbres.

Les images projetées, démultipliées par les miroirs, donnent à ces paysages une dimension presque irréelle.

J'ai toujours été fascinée par la capacité de la nature à me surprendre. Et cette salle m'a rappelé pourquoi j'aime autant voyager avec mon appareil photo.

Une image peut conserver la trace d'un instant que je n'aurais jamais pu imaginer avant de le découvrir.

Laurence dans une forêt de lucioles, salle Santuario
Crédit photo : © Laurence Flez-Renaudin

6. Ascensión : quand le spectateur entre dans l'œuvre

« Ligereza no es ausencia de peso, es libertad. »
(La légèreté n'est pas l'absence de poids, c'est la liberté.)

Dans Ascensión, le visiteur devient un élément de l'installation.

Les projections lumineuses évoluent avec les mouvements. Les reflets multiplient les perspectives et créent une sensation d'espace presque infini.

Cette fois, l'expérience devient interactive. J'avance, j'observe les transformations, je me laisse surprendre par les réactions de l'installation.

Ce rapport entre le corps, le mouvement et l'environnement est particulièrement intéressant. Tu as l'habitude de regarder des images sur un écran, et tu oublies ce que change ta présence physique dans une expérience artistique.

Ici, tu fais partie de ce qui se déroule.

Laurence, assise, les bras grands ouverts sous le mot Ascensión qui flotte dans une nébuleuse rouge et dorée
Crédit photo : © Laurence Flez-Renaudin

7. Regreso a casa : le retour

« Volver también puede ser otra forma de empezar. »
(Revenir peut aussi être une autre manière de commencer.)

Après les émotions des salles précédentes, Regreso a casa est un espace de repos.

Des paysages naturels t'entourent, projetés sur les murs et le plafond. L'atmosphère change et invite à rester quelques instants devant les images, à ralentir.

Car il faut parfois un peu de temps pour comprendre ce qu'une expérience a provoqué en toi. Certaines émotions sont immédiates. D'autres surgissent plus tard, lorsqu'un souvenir, une image ou une conversation vient raviver ce que tu as vécu.

Laurence marchant dans une forêt projetée, salle Regreso a casa
Crédit photo : © Laurence Flez-Renaudin

8. Ofrenda : le moment qui m'a le plus émue

« ¿Qué voy a ofrendar o dejar ir? »
(Qu'est-ce que je vais offrir ou laisser partir ?)

« ¿Qué voy a hacer para amarme más? »
(Qu'est-ce que je vais faire pour m'aimer davantage ?)

C'est probablement l'étape qui restera le plus longtemps dans ma mémoire.

Après avoir traversé ces univers visuels et sonores, je suis invitée à m'arrêter pour écrire. L'idée est d'identifier quelque chose que tu voudrais laisser derrière toi : une peur, une colère, une culpabilité, une blessure ou une pensée qui revient régulièrement.

Tu l'écris sur un papier, puis tu le déposes dans un espace dédié aux offrandes.

J'ai trouvé ce rituel particulièrement émouvant. D'abord parce qu'il s'inscrit dans cette culture mexicaine où les objets, les gestes et les offrandes possèdent une dimension symbolique importante.

Mais aussi parce que l'écriture occupe une place essentielle dans ma vie personnelle et professionnelle. Depuis des années, j'utilise l'écriture thérapeutique pour accompagner des personnes confrontées à des émotions difficiles.

Écrire oblige parfois à mettre des mots sur quelque chose que tu ressens sans parvenir à l'identifier précisément. Une colère qui dure depuis des années peut cacher un sentiment d'injustice. Une peur apparemment irrationnelle peut être liée à une expérience ancienne.

Et lorsque ces émotions prennent une forme écrite, tu peux commencer à les regarder autrement.

Le geste de déposer ce papier apporte une autre dimension. Il marque symboliquement une intention, une prise de conscience ou une décision personnelle.

Ce qui m'a touchée, c'est l'association de ces deux gestes très simples : écrire et offrir. Pas de grand discours. Juste un moment où chacun peut penser à ce qui lui pèse encore.

Je me suis demandée combien de personnes, en déposant leur papier, avaient pensé à un événement qu'elles n'avaient jamais véritablement réussi à raconter. Et combien auraient souhaité pouvoir écrire quelques lignes supplémentaires.

Laurence écrivant sur un papier pour l'offrande, rituel d'écriture de la salle Ofrenda
Crédit photo : © Laurence Flez-Renaudin
Colonne lumineuse de l'Ofrenda de Mystika
Crédit photo : © Laurence Flez-Renaudin

9. Amor Propio : cette petite voix qui parle du matin au soir

« Recuerda, el amor que buscas se encuentra dentro de ti. »
(Souviens-toi : l'amour que tu cherches se trouve en toi.)

Avec Amor Propio, l'expérience prend une dimension plus intime. Cette installation est d'ailleurs une œuvre posthume de Pepe Soho.

Elle invite à réfléchir à la relation que tu entretiens avec toi-même et à cette fameuse petite voix intérieure qui t'accompagne du matin au soir.

Sur un mur, je découvre une phrase consacrée à l'amour de soi, et je m'installe sur le canapé bleu pour une photographie.

Ce thème me touche particulièrement parce qu'il revient constamment dans mes accompagnements.

Tu as sans doute cette capacité à encourager tes proches, à comprendre leurs erreurs et à reconnaître leurs qualités. Mais lorsqu'il s'agit de toi, le ton peut changer radicalement.

Chez beaucoup de personnes que j'accompagne, un oubli devient la preuve de leur incapacité. Une remarque suffit à remettre en question leurs compétences. Un échec efface mentalement dix réussites.

Ce mécanisme est fréquent, notamment chez les personnes qui ont appris à être très exigeantes envers elles-mêmes. Certaines phrases négatives prononcées pendant l'enfance continuent d'ailleurs à influencer le dialogue intérieur des décennies plus tard.

Mystika t'invite ici à observer cette relation. Une réflexion qui peut faire remonter bien des souvenirs.

Laurence sur le canapé bleu devant « Recuerda, el amor que buscas se encuentra dentro de ti »
Crédit photo : © Laurence Flez-Renaudin

10. Pegaso : les limites de notre propre imagination

Pégase, le cheval ailé de la mythologie grecque, prend ici une dimension symbolique. Il représente le dépassement des limites et la possibilité d'envisager ce qui semble inaccessible.

Cette installation rejoint une question qui m'intéresse depuis longtemps : comment certaines de nos convictions finissent-elles par limiter nos choix ?

Une mauvaise expérience, une critique, une comparaison répétée peuvent progressivement modifier la perception qu'on a de ses capacités. Il arrive de renoncer à des projets sans même chercher à savoir si les obstacles imaginés existent réellement.

Évidemment, toutes les limites ne sont pas imaginaires. Il existe des contraintes matérielles, physiques, financières ou personnelles bien réelles. Mais il en est d'autres dont l'origine s'est perdue.

Et je trouve intéressant qu'une œuvre artistique puisse conduire à interroger des convictions que presque personne ne remet en question.

Laurence devant des ailes lumineuses, salle Pegaso
Crédit photo : © Laurence Flez-Renaudin

Une expérience différente pour chacun

Et c'est peut-être ce qui m'a le plus intéressée dans Mystika. Chaque visiteur traverse exactement les mêmes installations, et pourtant personne ne vit tout à fait la même expérience.

En quittant Mystika, j'ai repensé à la façon dont nous réagissons aux images, aux sons et aux symboles.

Une porte peut rappeler à quelqu'un un départ difficile et à une autre personne une décision heureuse. Un cheval peut évoquer la liberté, un souvenir d'enfance ou une peur ancienne. Quant à ce morceau de papier déposé dans l'espace des offrandes, il peut représenter autant d'histoires différentes qu'il y a de visiteurs.

C'est ce que j'aime dans ce type d'expérience : elle montre à quel point notre perception du monde est intimement liée à notre histoire.

Mystika m'a offert un très beau voyage photographique au cœur du Mexique, et aussi quelques moments d'introspection que je n'avais absolument pas anticipés.

Finalement, ce changement de programme m'a réservé une découverte dont je me souviendrai longtemps.

J'étais venue pour « Rêve ». Je suis repartie avec Mystika, des dizaines de photographies et beaucoup de choses auxquelles réfléchir.

J'ai aussi découvert l'univers fascinant de Pepe Soho. Et je me demande si nos parcours n'ont pas amplifié mes ressentis : une vie qui bascule, la photographie qui devient un chemin, et mon regard de psy sur tout ce que ces salles remuent.

Et toi, devant cette invitation à écrire ce que tu voudrais laisser derrière toi, saurais-tu quoi inscrire sur ce papier ?

Si cet article te donne envie d’aller plus loin, on peut en parler.

Mystika Mexico : infos pratiques

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